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Objets et champs d’étude
« Savoir pour un système alimentaire durable » couvre
trois champs principaux. Le premier est celui de la transition vers un
système alimentaire durable et les mesures que les gouvernements
et les principaux acteurs du CDD peuvent prendre en sa faveur en termes
de politique, d’éducation et de prise de conscience. Le deuxième
champ est celui du savoir, de l’éducation et de la formation nécessaires
aux fermiers et aux travailleurs agricoles, plus particulièrement
aux petits fermiers qui forment la grande majorité des fermes familiales
à travers le monde. Dans ce cadre le rôle des femmes et des
peuples indigènes est très important. Le troisième
volet concerne l’éducation et le savoir requis par les consommateurs
en matière de système alimentaire, de choix et d’usages alimentaires.
Les trois thèmes font apparaître de nombreux points des enjeux
qui seront discutés par les quatre groupes de travail lors des sessions
du CDD.
1. La transition vers un système alimentaire durable.
Problématique
Notre système alimentaire conventionnel est largement considéré comme étant moderne, efficace et capable de produire une alimentation saine et abondante. Les coûts non durables de ce système deviennent toutefois de plus en plus apparents. Ces coûts incluent les coûts environnementaux – sols érodés, eaux polluées, perte de l’habitat, menaces pour la vie sauvage : la destruction de ce que nous appelons le « capital de la nature ». De plus, ce système a des coûts sociaux – la disparition des fermes familiales, des emplois agricoles et des communautés rurales : la désintégration du « capital social ». (Pretty,pp.1-43)
La petite agriculture en temps que composante centrale d’un système alimentaire durable doit faire face à de nombreuses menaces. La libéralisation et la globalisation du commerce menacent l’existence des petites exploitations. Les producteurs domestiques ne peuvent pas entrer en compétition avec les plus importants pays exportateurs de grains et leurs produits bon marché et subventionnés, issus d’immenses fermes de monoculture. Le pouvoir sur le système alimentaire est de plus en plus entre les mains des corporations agro-industrielles. Les communautés rurales se meurent dès que les fermiers et les travailleurs agricoles sont chassés des terres et émigrent vers les villes.
Les récoltes pour l’exportation sont faites pour des marchés distants pendant que des millions d’individus ne mangent pas à leur faim sur place. Si nous devons faire la transition vers un système alimentaire basé sur un modèle durable de fermes, sur des communautés rurales vivantes et sur une alimentation saine et sûre, nous avons besoin d’une nouvelle conscience, d’une éducation et d’une formation à même de changer les politiques et les actions entreprises. (rapport de l’USDA sur les petites exploitations, 1998 : Peter Rosset, 1999)
Solutions et recommandations
Les gouvernements, les agences internationales et les diverses communautés concernées devraient développer des politiques d’éducation et d’information afin de faire savoir l’échelle et le potentiel de production, les multiples aspects sociaux et environnementaux d’une agriculture durable, en prêtant une attention particulière au développement rural et aux petites exploitations. Ces politiques d’information devraient en finir avec la conception erronée qu’une agriculture durable et re-générative est un retour à une agriculture arriérée utilisant peu les nouvelles technologies. L’agriculture durable inclue les innovations tant des scientifiques que des paysans, utilise les techniques de pointe et l’ancienne sagesse et peut être appliquée par tous les types de fermiers et par tous les genres d’exploitations agricoles (Petty, 89-108).
Echelle et potentiel de production : les petites exploitations restent la forme prédominante de l’agriculture dans le monde, elles sont numériquement dominantes aux Etats Unis et centrales à la production des denrées principales dans les pays développés. Il est d’ailleurs de plus en plus évident que les petites exploitations peuvent produire plus de nourriture qu’une agriculture à grande échelle, quand le rendement total plutôt qu’un seul segment est pris en compte.
Diversité : les petites exploitations ont en outre de multiples fonctions que les grandes n’ont pas. Elles incarnent la diversité – biodiversité, diversité de la propriété, des systèmes de récoltes, des paysages, de la culture et des traditions. Les petites exploitations produisent des bénéfices en terme de sols, d’eaux et de vie sauvage. Une référence spéciale doit être faite aux peuples indigènes en tant que créateurs et conservateurs de l’agrobiodiversité, que gardiens du savoir, des usages et des innovations qui garantissent à de larges régions de la planète une certaine sécurité alimentaire.
Une propriété de la terre décentralisée encourage les chances économiques dans les régions rurales. Les petites exploitations créent un lien personnel avec l’alimentation à travers les échanges entre la ville et la campagne, à travers les marchés des produits de la ferme. Elles sont vitales à l’économie aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. Le rôle vital de la femme dans la production agricole et dans le bien-être rural, surtout dans les pays du Sud, doit être pris en compte dans les politiques pour l’agriculture et être largement diffusé au moment de l’éducation et de la formation. (rapport de l’USDAsur les petites exploitations, 1998 : Peter Rosset, 1999).
Soutenir un système alimentaire durable inclut l’usage durable des ressources naturelles ( souvent en régime de propriété commune), d’une sylviculture, d’une pêche et d’élevages communs, de même de services pour l’environnement inclusivement à travers un ecotourisme agraire.
Les systèmes d’exploitation sont extrêmement divers à travers le monde et la transition vers une agriculture durable peut être diffusée par une série de « pas vers le durable » (Pretty, 108-122). Ces pas s’accomplissent a travers une plus grande efficacité économique et environnementale (premier pas), par l’intégration de techniques re-génératives (deuxième pas), par la définition d’un nouveau projet avec les communautés (troisième pas) qui devrait regrouper les fermiers et les communautés rurales dans la création de nouvelles techniques.
Cette vision d’un système alimentaire durable pour fermiers,
travailleurs agricoles, marchands et consommateurs ne peut seulement voir
le jour par une approche participative. L’agriculture durable n’est pas
un ensemble de techniques et de lignes de conduite mais le produit d’un
apprentissage social et d’une recherche participative, en commençant
par les valeurs déjà inhérentes aux communautés,
en y fixant des buts et en donnant les moyens de mesurer le progrès
accompli. (Pretty, 232-264).
2. Savoir, éducation et formation des fermiers et des travailleurs
agricoles.
Problématique
Trop souvent la formation des fermiers et des travailleurs agricoles est basée sur la diffusion d’information du haut vers la bas, des scientifiques vers les fermiers et les travailleurs agricoles « non-formés », étant assumée la supériorité scientifique, technique, industriel d’un modèle d’agriculture. Cette approche ne prend pas en compte de nombreux faits importants, essentiels à une politique agricole efficace :
1) aucune technique est valable pour tous les types de fermiers ; chaque
fermier a ses propres contraintes, buts et limites. Les fermiers qui ont
peu de ressources doivent utilisés des techniques « appropriées
» utilisant peu d’énergie, pour survire.
2) les fermiers vivent dans des environnements très variés
et divers –sols, régime des eaux, fertilité biologique, etc.
Ils ont accumulé un savoir lié à leur lieu de travail
et une expérience que le chercheur n’a pas, spécialement
en ce qui concerne la biodiversité locale et sa possible utilisation.
3) de nombreux fermiers doivent faire face à l’impossibilité
de réduire ou éliminer leur dépendance aux pesticides,
sans information ou formation leur permettant d’utiliser des alternatives
durables.
4) les travailleurs agricoles ont le droit à un salaire leur
permettant de vivre et de conditions de travail sûres, d’appartenir
à un syndicat et d’élire des représentants en matière
de santé et de sécurité, d’être protégés
contre une éventuelle exposition aux pesticides dangereux et de
refuser de travailler avec des pesticides qui mettraient en danger la santé
humaine et l’environnement.
5) Le savoir traditionnel et les techniques qui ont évolué
à travers des milliers d’années d’expérience et de
pratique sont souvent les meilleurs instruments pour arriver à des
pratique durables dans l’agriculture.
6) le rôle des femmes dans la transmission du savoir et dans
la production alimentaire durable doit être fortement encouragé.
La majorité des fermiers dans le sud sont des femmes. Il faut promouvoir
la parité des genres dans l’éducation, la formation et l’information
sur la production alimentaire et la nutrition.
Solutions et recommandations
La recherche et la formation centrée sur le fermier n’a pas qu’une forme d’organisation mais leur philosophie et leurs objectifs sont communs à de nombreux programmes. Les fermiers ne peuvent plus être considérés comme le réceptacle de la technique. Ils occupent plutôt une position centrale dans la production, l’application et la conduite d’un développement technique participatif (PTD). Au lieu d’un modèle de recherche « linéaire », où les scientifiques développent de nouvelles techniques transmisses aux fermiers par des formateurs, l’expérience et les observations penchent en faveur d’un modèle « triangulaire » où scientifiques, formateurs et fermiers se trouvent directement en contact les uns avec les autres dans une relation interactive.
Les gouvernements et les agences pour l’agriculture peuvent améliorer le savoir, l’éducation et la formation des fermiers et des travailleurs agricoles en appliquant les directives suivantes en matière d’agriculture durable et de développement rural (ces directives devraient être discutées au CDD) :
1) améliorer l’éducation rurale : augmenter les investissements
dans l’éducation rurale et développer des programmes qui
incluent la formation des fermiers et leur pratique professionnelle dans
leur curriculum, ex.« des écoles rurales familiales ».
2) améliorer la formation des fermiers et des travailleurs agricoles
: encourager les programmes de formation des organisations de fermiers
; reformer les professionnels de l’agriculture et de la communication pour
mieux aider les petits fermiers et les pauvres ruraux ; où cela
est possible développer des réseaux d’information décentralisés
et des bases de données mettant à disposition les nouveautés
techniques en agriculture et donnant accès, à travers des
CD Roms et Internet, à différentes expériences locales.
3) faciliter la participation des petits fermiers aux débats
nationaux : donner aux organisations de fermiers un accès aux techniques
et matériaux de communication moderne et les aider à développer
leur propre stratégie de communication ; promouvoir des débats
et des conférences au niveau national sur le rôle du fermage
familiale pour le futur de la nation et mettre en valeur les initiatives
heureuses des fermiers en matière d’organisation économique,
d’éducation et de gestion des ressources naturelles ; appuyer la
conservation, la protection et le développement du savoir traditionnel
et des systèmes innovants, les intégrer dans un système
d’éducation national et de projets pour l’agriculture ; la participation
des gens au niveau local, particulièrement des femmes, est nécessaire
pour améliorer la production alimentaire, son accès et le
bien-être nutritionnel.
3. Education et savoir des consommateurs et autres participants.
En plus de ce qui a été dit sur les gouvernements et les fermiers, un système alimentaire durable ne peut être construit sans l’éducation et le savoir des consommateurs et autres participants du système alimentaire, tels qque les revendeurs, les distributeurs et les banques. Ce savoir s’étend jusqu’au système alimentaire, aux choix et habitudes alimentaires. Ce qui suit est un bref résumé de quelques problèmes et des solutions proposées.
Problématique
Le fait que beaucoup de gens soient de plus en plus séparés de leur système alimentaire, en tout cas dans le monde développé, est un problème crucial. Confrontés à un système alimentaire d’une abondance manifeste, avec des supermarchés offrant un approvisionnement apparemment sans fin, les gens ont perdu contact avec des questions aussi basiques que : qui fait pousser notre nourriture et de quelle manière ? qui contrôle la terre et le système alimentaire lui-même ? qui mange et qui a faim ? à quel point notre nourriture est-elle bonne pour la santé, sûre et nourrissante ? pourquoi les fermes familiales disparaissent-elles et pourquoi l’économie rurale est-elle en déclin, non seulement dans les pays en développement mais aussi dans le monde développé ? Un autre problème est la perte du savoir lié à la petite agriculture et aux usages traditionnels dans la préparation de la nourriture locale.
Solutions et recommandations
Les fermes familiales et les autres institutions pour une agriculture durable ont besoin de marchés pour leurs produits et les marchés reflètent les choix des distributeurs, des revendeurs, des institutions de prêt et des consommateurs. Des programmes d’éducation sont nécessaires pour que ces choix soient influencés par la connaissance du système alimentaire durable : des informations sur le côté caché des coûts environnementaux et sociaux de l’agriculture chimique en termes de sols, de pollution souterraine des eaux, du traitement inhumain des animaux dans les fermes industrielles et de menaces pour la santé humaine.
Les gouvernements devraient supprimer les aides à la production agricole, à l’énergie, au transport, à la publicité, à l’exportation, etc., qui soutiennent des systèmes alimentaires non durables et reproduire des modèles financés par des fonds publiques qui aident à la transition vers un fermage écologique et organique utilisant peu d’énergie.
L’éducation pour un système alimentaire durable se construira sur de nombreux modèles réussis de programme comme les jardins communautaires pour jeunes aux Etats Unis, les réseaux de jeunesse écologique en Amérique latine, les initiatives pour des « empreintes écologiques » en Europe, les marchés et une agriculture soutenue par la communauté, les initiatives des gouvernements pour subventionner la transition vers un fermage organique. Des programmes pour retrouver les usages dans la préparation et la cuisson des aliments. Une éducation nutritionnel dans les écoles et les communautés est également nécessaire.
Références :
Jules Pretty, The Living Land : Agriculture, Food and Community Regeneration
in Rural Europe (Earthscan Publications Ltd, London, 1998).
Le Département américain de l’Agriculture. 1998. A Time
To Act. A Report of the USDA National Commission on Small Farms. USDA Miscellaneous
Publications 1545.
Peter Rosset, « Small is Bountiful », The Ecologist, December
1999. Pp. 452-456.
Préparé par Peter Mann (World Hunger Year, New York) et Christian Castellanet (GRET, France et CGIAR NGO Committee) avec des propositions d’Elisabeth Paquot du GRET, d’Andres Yurjevic du CLADES, Amérique latine, et de membres du Caucus des ONG du UN CDD sur l’agriculture durable et les systèmes alimentaires (SAFS).
(Adaptation française : Nicholas Wenger et Margarita Pacheco)