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Introduction
Une agriculture soutenable, la sécurité alimentaire et une alimentation saine sont des objectifs plus urgents que jamais à atteindre au moment d’entrer dans le nouveau millénaire.
Dans les pays en développement, le secteur de l’agriculture remplit des rôles multiples : assurer la sécurité alimentaire, le développement rural, fournir des ressources de subsistance et des revenus adaptés à une majorité de personnes, tout en préservant les bases écologiques. Il existe ainsi deux composants inextricablement liés - social et environnemental - à une agriculture soutenable.
Dans les pays industrialisés, les défaillances structurelles d’un système de production alimentaire industriel apparaissent rapidement. Au cours des deux dernières années seulement, les citoyens d’Europe se sont vu confrontés aux risques, pour la santé et l’environnement, d’un tel système de production, à la fois dans l’agriculture et l’élevage. Au même moment, s’accroissent les évidences des dangers écologiques et sanitaires de manipulations génétiques grâce aux biotechnologies modernes, galvanisant les préoccupations du public et des scientifiques.
Ce souci venant d’Europe s’est répandu en Afrique, Asie, Amérique Latine et, au cours des derniers mois, en Amérique du Nord qui est le producteur le plus important de cultures génétiquement modifiées. Des gouvernements, dans nombre de pays, ont pris certaines précautions pour stopper ou ralentir la production commerciale et les importations et même, dans quelques cas, pour bannir certains types de technologies.
Cependant, les retombées écologiques, sociales, sanitaires et économiques d’une agriculture basée sur la chimie continuent à se développer en dépit de l’Agenda 21 et de la reconnaissance, par les responsables politiques du monde, que ces systèmes de production sont non durables.
Objet et champs d’étude
Contrastant avec les systèmes de production agricole holistique et leurs liens étroits entre agriculture et écologie, les systèmes de production moderne - depuis la deuxième guerre mondiale - ont une approche réductionniste, favorisant la création de grandes fermes, d’une production spécialisée, de la monoculture et de la méchanisation, compromettant la santé humaine et les principes de l’écologie. Alors que le premier système produisait modestement mais avec stabilité, le second voit maintenant sa productivité diminuer, après de hauts rendements.
L’appréciation de rentabilité par unité de terre a été aussi déviée vers l’agriculture industrielle. En Inde, par exemple, des chiffres sur la production rizicole des fermes, avant la Révolution verte, ont été défavorablement comparés avec les revenus de la monoculture, sans comparer les revenus totaux des premiers en terme de rotations variées des récoltes, de la polyculture (riz plus autres espèces) et de l’élevage d’animaux. (Shiva, 1991)
En 1999, une étude présentée à la Conférence de Maastricht a montré que les petits fermiers, partout dans le monde, produisaient de 2 à 10 fois plus par unité de surface que les sociétés de fermiers et les grandes surfaces. Les petites fermes sont “plus productives, plus efficaces et contribuent davantage au développement économique” en relation avec les communautés environnantes bien peuplées. Elles ont une économie plus saine que celles de régions dépeuplées à cause de fermes pratiquant la mécanisation. Les petits fermiers prennent mieux soin des ressources naturelles, réduisant l’érosion des sols et préservant la biodiversité, assurant ainsi la durabilité et le futur de la production agricole (Rosset, 1999).
L’agriculture industrielle a vu aussi le remplacement d’une diversité
de systèmes de fermage en vase clos - où les cycles de substances
nutritives, de l’énergie, de l’eau et des déchets imitent
un écosystème naturel - par des systèmes
plus ouverts aboutissant au gaspillage de ressources naturelles et à
un problème majeur de déchets agricoles.
La biodiversité des écosystèmes de cultures, des
animaux, des poissons et des sols - essentielle pour une agriculture durable
- continue à être menacée par la monoculture ou ce
qui s’en rapproche, et par l’utilisation intensive des produits chimiques.
Par example, selon une étude sérieuse,
l’impact des POPS (Polluants organiques persistants), sous
forme de pesticides commerciaux et de la dioxine (polluant industriel)
contamine, non seulement, les sources naturelles d’irrigation de terrains
agricoles et des territoires indigènes à travers le monde
(desquels dépendent des fermiers et des Peuplades autochtones) mais
aussi le poisson traditionnellement source de base des protéines.
Alors qu’ils ne sont plus utilisés dans certains pays, les POPS
sont largement employés dans les régions en développement,
où ils se dégradent difficilement, infligeant des dommages
à long terme aux écosystèmes, à
de nombreuses terres agricoles, ainsi qu’aux territoires indigènes.
Cette violation des bases spirituelles, culturelles, sociales et économiques
reliant les Peuplades indigènes à leurs traditions de pêche,
de jeux et de productions agricoles, contredit le paragraphe
26.3 (I) de l’Agenda 21 et leurs droits, à tel point
que des informations doivent circuler pour aviser les populations
de ne pas manger de poissons.
Tandis que la gestion intégrée des fléaux (intregrated
pest management IPM) a limité l’utilisation des produits chimiques,
ce n’est qu’une option intermédiaire qui n’aboutit pas à
une agriculture sans chimie. Des mesures concrètes devraient
au contraire être prises afin d’accélérer cette
transition.
Dans l’intervalle, comme l’emploi des pesticides augmente dans l’agriculture, les impacts sur la santé et l’environnement, particulièrement dans les pays en développement, vont augmenter proportionnellement, à moins que des ressources suffisantes viennent alimenter le développement des infrastructures, les équipements, la protection personnelle par de l’équipement, des facilités pour se laver, l’accès aux soins médicaux et à la formation qui pourraient aider à limiter les effets négatifs sur les travailleurs agricoles et les petites communautés agricoles.
Cependant, il n’est plus contestable que l’agriculture industrielle est confrontée à une crise écologique. Il y a deux catégories de “maladies écologiques” associées à l’agriculture intensive, en capital, en énergie et en chimie (Conway et Pretty, 1991, in Altieri, 1999) :
a) des problèmes directement reliés aux ressources de base du sol et de l’eau, y compris l’érosion des sols, la perte de productivité du sol et la détérioration des réserves de substances nutritives, la salinisation et l’alcalinisation (spécialement dans les régions arides et semi-arides), la pollution des eaux de surface et de source et la perte de terres cultivables par le développement urbain.
b) des problèmes liés directement aux récoltes, aux animaux et aux insectes, incluant la perte des ressources génétiques des récoltes, de plantes sauvages et d’animaux, l’élimination des ennemis naturels des insectes, leur réapparition et leur résistance génétique face aux pesticides, la contamination chimique et la destruction des mécanismes de contrôle naturels.
Toutefois, chaque “maladie écologique” est habituellement considérée comme un problème indépendant plutôt que comme le symptôme d’un système fonctionnant mal et mal conçu. Dans le cadre d’une gestion intensive, le traitement de telles “maladies” exige une augmentation des coûts externes pouvant dépasser, dans certains systèmes agricoles, la valeur énergétique investie pour obtenir un rendement, dépassement dû au coût énergétique investi dans le travail lié à la récolte (Altieri, 1999).
Cette crise de l’agriculture industrielle n’est pas accidentelle. Elle résulte directement de plus de 40 ans de prédominance d’un système socio-économique qui a favorisé la monoculture et l’usage de la haute technologie dans les pratiques agricoles. La cause sous-jacente est la prédominance de politiques agricoles basées sur une production ciblée plutôt que sur une approche intégrée en faveur des moyens de subsistance, du développement humain et de l’éradication de la pauvreté en zones rurales.
Les stratégies économiques et technologiques, dans le
secteur agricole, ont été promues par des donateurs et des
agences qui ont eu tendance à se baser sur un modèle de développement
néo-libéral qui présuppose que l’intégration
de petits fermiers dans le marché agricole global est la meilleure
stratégie pour leur développement sur le plan humain. Ce
modèle macro-économique ne tient pas compte des limites,
à la fois physiques et biologiques, des agro-écosystèmes,
ainsi que de la qualité écologique de l’environnement humain
en général, aussi bien que des autres aspects du développement
humain tels que l’éducation et les services de santé
en zones rurales.
L’agriculture industrielle, couplée avec le puissant marché international et les schémas de consommation qui épuisent les ressources naturelles de la planète, a également déstabilisé le tissu social et culturel des communautés d’exploitation agricole. L’impact a été beaucoup plus dramatique encore pour les sociétés du Sud, particulièrement pour les peuplades indigènes. Dans beaucoup de sociétés, les femmes, qui occupent en agriculture un rôle-clé dans la prise de décision et la conservation des semences, se sont vues évincées lorsque la monoculture a été introduite. De plus, les femmes et les enfants se trouvent être les principales victimes de la malnutrition que la monoculture n’a pas réussi à vaincre et même qu’elle contribue à accroître.
Ainsi le problème de la production agricole ne peut être considéré sous le seul angle de la technologie; il est crucial de porter attention à l’aspect social, politique et économique des solutions à trouver à cette crise. Cela est particulièrement vrai aujourd’hui où les politiques économiques de l’agenda du développement rural, globalement dans le Nord et dans le Sud, sont dominées par certaines grandes corporations de l’agro-business et d’importants donateurs, ainsi que par l’implication d’agences, qui ont prospéré au détriment des intérêts des travailleurs agricoles, des petites entreprises agricoles, des communautés rurales, du public en général, de la vie sauvage et de l’environnement (Altieri, 1999 - voir aussi Shiva, 1991).
Malheureusement, même si un chapitre de l’Agenda 21 reconnaît
la non durabilité de l’agriculture chimique et les limites de la
Révolution verte, le même groupe d’intérêts
qui a oeuvré pour et bénéficié de la première
“révolution”, se positionne avec force pour la “Révolution
génétique” en tant que panacée. Où
sont les promesses sur la Biotechnologie de l’Agenda 21 ?
Néanmoins, les nouvelles biotechnologies qui comprennent de
l’ingénierie ou des manipulations génétiques représentent
des dangers parmi les plus sérieux pour l’agriculture durable et
le futur des communautés agricoles, spéciallement pour
les fermiers qui cultivent de manière traditionnelle et pour les
peuplades indigènes. La Commission pour le Développement
durable en a appelé , lors de sa troisième session, à
une évaluation plus objective des nouvelles biotechnologies et de
leurs dangers, à la lumière des nouvelles découvertes
scientifiques. Depuis lors, des actions juridiques contre ces technologies
se sont renforcées (voir Rissler et Mellon, 1996; Krimsky et Wrubel,
1996; Snow et Moran, 1997; Ho, 1998; Ho, Ryan et Cummins, 1999; Ryan
et Ho, 1999, Epstein, 2000).
Des efforts ont été entrepris depuis quatre ans par la majorité des nations, afin de formuler un accord international qui les engage sur la sécurité biologique, dans le cadre de la Convention sur la Biodiversité. De puissants vecteurs travaillent en faveur de l’emploi de ces technologies mais d’autres forces, celles de la société civile et des gouvernements, font de mieux en mieux entendre leurs voix et entreprennent des actions concrètes aux niveaux régional et national. Nous attendons des institutions inter-gouvernementales, telle la CDD, qu’elles reflettent nos vues et prennent action dans l’intérêt du public, concernant en particulier la vulnérabilité des fermiers et des consommateurs dans les pays en développement, face aux dangers de ces technologies. Leurs produits nécessitent une attention spéciale, compte tenu du manque d’information et des problèmes de biosécurité dans ces pays.
Heureusement, grâce à un meilleur accès aux connaissances et à l’information de la société civile, ainsi que le débat grandissant de l’an dernier, une bonne opportunité d’actions préventives est ainsi fournie avant que ces technologies envahissent le monde. Par exemple, la condamnation, dans de nombreux pays, de Monsanto et de son “Terminator “- technologie destinée à supprimer les propriétés de reproduction de semences - bani par plusieurs gouvernements. Cela a conduit Monsanto a le retirer des plans de commercialisation, du moins pour le moment. Dans l’Union Européenne, le moratoire de deux ans,2 de facto, sur le commerce de cultures transgéniques, correspond aussi à un développement vital de même que, partout dans le monde, s’élèvent des débats publiques pour choisir le futur de l’agriculture.
Les leçons de l’époque chimique, et spécialement de la Révolution Verte, nous rappellent qu’une durabilité à long terme peut se développer seulement au travers d’une approche concertée, à la fois écologique, sociale et économique, en éradicant la pauvreté, en assurant le développement humain dans les zones rurales et par des systèmes de production qui servent de tels buts. Sans cela, l’accroissement des revenus à court terme sera vite dépassé par les coûts sociaux, de santé et environnementaux, ce qui peut conduire à une perte réelle. Certaines précautions sont probablement plus urgentes encore, là où les nouvelles technologies peuvent causer d’irréparables dommages à l’écosystème et à la santé humaine. Les bénéfices doivent donc être totalement assurés contre les dangers et les risques.
Chemins et Perspectives
D’ores et déjà, il existe dans le monde un large éventail de technologies et de pratiques, de systèmes entiers d’agriculture soutenable même, florissants et vigoureux. Beaucoup sont issus de systèmes indigènes ou traditionnels, spéciallement dans le Sud, survivant à l’assaut de la globalisation dans l’agriculture industrielle. Dans le Nord, on relève un accroissement significatif de modes de productions organiques/écologiques, qui atteignent un niveau commercial et s’appuient sur des pratiques qui avaient été abandonnées lorsque la chimie et la monoculture se sont imposées.
Puisque l’approche scientifique et la compréhension d’une agriculture holistique deviennent de plus en plus multidisciplinaire, un courant en faveur de l’agriculture soutenable devrait se développer dans les politiques nationales et internationales. Le résultat ne se situe pas au niveau technique ou de l’expérience, ni même de la viabilité économique, mais plutôt en terme des droits acquis et des obstacles institutionnels/politiques mis en place par les orientations actuelles de la globalisation.
Ainsi la protection et, dans bien des cas, la transition vers des systèmes d’agriculture soutenable, peuvent-elles seulement se développer si les obstacles soulignés sont levés et les politiques réorientées vers l’éradication de la pauvreté et de la malnutrition. Cela nécesssite la refonte de la totalité du système de politique agricole et d’alimentation, ainsi que le réajustement des relations de pouvoir qui favorisent en général des multinationales, soutenues par quelques gouvernements-clé. Compte tenu de l’emprise de la globalisation, priorité doit être donnée nécessairement aux actions internationales pour que des alternatives soutenables soient renforcées et généralisées.
Une transformation plus radicale de l’agriculture est souhaitable, guidée par la notion qu’un changement écologique ne peut être promu sans changement des buts stratégiques à atteindre, à la fois dans l’agriculture et dans les domaines sociaux, politiques, culturels et économiques qui lui imposent leurs contraintes. Des changements en faveur d’une agriculture socialement plus juste, économiquement viable et environnementalement saine, résulteront de mouvements sociaux en secteurs ruraux alliés à des organisations urbaines (Altieri, 1999).
Cette approche est conforme à l’appel de l’Agenda 21 pour une évaluation complète des politiques agricoles nationales, dans le cadre d’un environnement international favorable.
APPEL POUR L'ACTION:
ACTION INSTITUTIONNELLE ET PARTENARIAT POSSIBLE
Systèmes de production
1. La CDD devrait lancer un appel pour le soutien et la mise en valeur des diverses formes et systèmes de production agricole organique/écologique couramment employés. Cela inclu les sytèmes traditionnels et indigènes, particulièrement dans le Sud, ainsi que ceux récemment développés dans le Nord.
Les gouvernements et les institutions multilatérales devraient clore tout programme basé sur des subsides, qui perpétue la monoculture. Au contraire, il faudrait prioritairement apporter le soutien nécessaire à la rotation des cultures et aux activités de polyculture, ceci étant une part de l’approche écologique des petits fermiers.
La CDD se doit d’accélérer la mise en application de l’Agenda 21 et du Programme d’Action adopté lors de la revue quinquennale de l’Agenda 21. Pour faciliter la tâche, il faudrait passer en revue les méchanismes pour la mise en place d’un futur groupe de travail des groupes d’intérêts multiples sur l’agriculture soutenable et le développement rural, qui devrait faire rapport à la CDD sur un certain nombre de sujets, particulièrement ceux mis en évidence dans les textes présentés lors du Dialogue de la CDD8.
2. Le Protocole de la biosécurité étant négocié dans le cadre de la Convention sur la Biodiversité devrait être complété dès que possible, prenant en compte dans son champs d’action les semences et l’agriculture génétiquement modifiées. Il devrait aussi y inclure des principes de strictes responsabilités et une information préalable à toute acceptation.
Ce sont les Nations Unies et non l’OMC qui doivent traiter de la biosécurité et la CDD est le forum le plus approprié pour une large revue de base des technologies, complétant la tâche du Protocole international sur la biosécurité, en négociation sous les auspices du PNUE.
Spécifiquement, la CDD devrait en appeler aux Gouvernements afin d’agir individuellement, régionalement ou en concertation, dans les domaines suivants, pour :
a) Développer un moratoire sur la production commerciale,
avec la totale et effective participation du public, jusqu’à
l’estimation valable de l’impact sur la biodiversité, l’environnement
et la santé humaine et animale. Les considérations socio-économiques,
y compris la sécurité alimentaire et les droits des
petits fermiers traditionnels, des peuplades indigènes et des femmes,
ainsi que des consommateurs en général, doivent être
pris en considération;
(Note : Beaucoup d’organisations, telles Greenpeace, la Fédération
internationale des Mouvements pour une Agriculture organique (IOFAM),
le réseau Latin American Network on Transgenics and Third
World Network, en appellent a un banissement inconditionnel des OGM.)
b) Une condamnation immédiate des marqueurs génétiques
de résistance aux antibiotiques dans la recherche et
le développement des OGM;
c) Le banissement de la commercialisation des cultures
et du poisson transgéniques;
d) Une labellisation obligatoire et de haute
précision doit être requise concernant tous les OGM
et produits dérivés:
e) Le retrait des produits alimentaires identifiés
comme dangereux pour la santé.
L’OMC devrait soutenir de telles actions de biosécurité, selon le Principe de précaution, et ne pas poursuivre le commerce de productions dangereuses. Compte tenu de l’évidence croissante des effets négatifs actuels et potentiels des OGM sur l’environnement et la santé humaine et animale, la responsabilité devrait être établie en fonction de lois nationales, régionales et internationales sur la biosécurité qui devront être déterminées par des institutions indépendantes identifiées ou bien par des lois.
L’OMC devrait respecter les accords multilatéraux sur la biosécurité ainsi que les autres accords multilatéraux, prenant en compte les décisions de la CDD relatives à la durabilité.
3. L’agriculture organique/écologique a maintenant dépassé le stade de la vision et des potentialités. Elle apporte rapidement et de mieux en mieux une contribution concrète à l’agriculture soutenable. Il est donc temps pour la CDD de promouvoir, entre les gouvernements et les agences, sur le plan des relations bilatérales et multilatérales, le courant d’une agriculture organique/écologique
4. Tenant compte de l’usage existant et même en augmentation des
pesticides chimiques, la CDD devrait :
a) Appeler au soutien du processus accéléré
d’amendement du Code de conduite international sur la distribution et l’emploi
des pesticides, et appuyer sa mise en application; b) indiquer
que le niveau maximum des résidus de pesticides agréé
par le Codex alimentaire pour les produits de l’agriculture, dans le commerce
international , doit être relevé afin d’assurer une sécurité
maximumm aux consommateurs. Sur le plan national, les niveaux de résidus
doivent permettre une protection permanente des consommateurs; c)
reconnaître que les pesticides ne doivent pas être utilisés
dans les pays en développement s’ils sont classés par l’OMS
comme “extrêmement” et “hautement”
dangereux, de même que, si possible, ceux classés
“modérément” dangereux;
d) appeler au retrait et à la destruction des stocks de pesticides obsolètes entassés dans les pays en développement et les pays en transition économique, dont la santé et l’environnement sont menacés, et introduire régulation et formation pour éviter que les stocks de piles s’accumulent dans le futur au détriment des générations à venir.
Droits des peuples indigènes, communautés fermières et consommateurs
1. Pour assurer le progrès de l’agriculture soutenable et la sécurité alimentaire, il est fondamental de garantir les droits des peuplades indigènes et des communautés fermières aux semences, à la terre, à l’eau et aux autres ressources naturelles. A ce stade, la CDD devrait lancer un appel pour :
a) un soutien financier pour des activités existantes d’agriculture organique/écologique et en faveur d’activités de transition loin de la production basée sur la monoculture et la chimie, incluant des programmes IPM. L’objectif pour un tel soutien devrait être les fermes familiales et les communautés, surtout les plus pauvres; b) le retrait graduel des subsides pour les pratiques non durables; c) l’action des gouvernements pour compléter la révision de l“International Undertaking on Plant Genetic Resources” de la FAO afin de protéger les droits des fermiers à posséder, conserver et utiliser des semencs traditionnelles. Renforcer leurs droits leur donnerait la possibilité de faire un choix en faveur d’une production soutenable; d) la suppression des obstacles à la protection de la connaissance indigène traditionnelle, notamment des dispositions qui permettent de patenter les formes de vie, comme cela est prévu dans l’Accord sur les “Trade-related Intellectual Property Rights” de la révision en cours par l’OMC des dispositions y relatives.
Coopération internationale
1. Il existe un besoin urgent de rétablir une adhésion au dialogue Nord-Sud et à la coopération, qui pourrait aboutir à un accroissement du volume de l’aide, à de meilleures conditions commerciales pour le Sud et à un meilleur équilibre dans les relations économiques globales et structurelles qui apportent un soutien à l’agriculture organique/écologique. La CDD peut y contribuer de manière significative.
Un signal de départ peut être donné immédiatement pour réformer le contenu de l’aide et en améliorer la qualité dans l’agriculture et le développement rural. Une revue sérieuse des différentes formes d’aides, passées et futures (bilatérales, multilatérales, recherche, conseils techniques et projets) serait un exercice utile. Il pourrait aider à corriger les erreurs du passé et conduirait à l’agriculture soutenable et au développement rural, un but adopté par la FAO et qui a été réitéré dans l’Agenda 21.
2. La FAO devrait compléter son travail sur l’évaluation d’une contribution potentielle de l’agriculture organique aux buts de durabilité pour l’an 2000, et devrait formuler et mettre en application, d’ici 2002, des programmes de soutien qui aboutiraient à une révision à l’occasion de Rio+ 10.
(voir “Evaluation de la Contribution potentielle de l’Agriculture organique aux objectifs de durabilité”, contribution technique de la FAO à la Conférence scientifique IFOAM, Mar del Plata, Argentina, 16-19 novembre 1998. Disponible sur le site web de la FAO à HYPERLINK “http://www.fao.org” www.fao.org)
3. Les ONGs et les mouvements impliqués dans la préservation de la biodiversité, de l’agriculture organique/écologique et les droits des consommateurs devraient accroître et approfondir leur partenariat, en reliant la conservation, l’agriculture organique/écologique et la consommation durable à leurs politiques et programmes.
4. Les traditions, connaissances et pratiques, ainsi que l’héritage culturel des peuplades indigènes et communautés fermières doivent être respectés dans toutes les politiques, les lois et activités entreprises par les gouvernements, aussi bien que dans le partenariat avec des ONGs.
5. Ensuite, les gouvernements, les mouvements sociaux et les ONgs des pays en développement devraient s’unir plus efficacement pour défendre leurs intérêts dans les négociations et institutions, telles que Bretton Woods, l’OMc et les Nations Unies, travaillant en collaboration avec d’autres pays concernés.
Schémas de consommation et droits du consommateur
1. Des politiques et des mesures effectives devraient être mises en place afin de changer la consommation non soutenable de produits agricoles, par exemple une consommation excessive dans les pays riches qui entraîne une pression inacceptable sur l’environnemnt et les terres agricoles des pays en développement.
2. La consommation locale de produits issus de l’agriculture soutenable devrait être encouragée car cela réduirait le coût du transport et le gaspillage d’énergie, tout en encourageant les consommateurs à se rapprocher des fermiers qui produisent dans un environnement local. A cet égard, la CDD devrait appeler à soutenir une agriculture organique/écologique urbaine, de telle sorte que le poids croissant des populations urbaines n’engendre pas plus de pression sur les communautés rurales et sur les terres pour l’approvisionnement en nourriture.
3. La CDD et les gouvernements devraient réaffirmer et mettre en application le droit des consommateurs, individuellement et grâce à une variété d’associations, fournissant information et choix éclairé sur les marchés. Le Guide de protection du Consommateur , adopté en 1999, devrait être mis en application ccomplètement et de toute urgence.
Recherche et politique
1. La CDD a un rôle vital à jouer en apportant son soutien à la recherche en cours et en reconnaissant la contribution qu’elle apporte à l’agriculture organique/écologique, à la sécurité alimentaire, à la préservation de la biodiversité, à la protection et la mise en valeur des sols, à la conservation de l’eau et le bien-être socio-économique des communautés agricoles, ainsi que l’intérêt des consommateurs. La CDD peut aussi promouvoir l’utilisation des résultats des recherches dans les politiques agricoles et dans la mise en application de programmes à tous les niveaux.
2. De la sorte, les priorités en matière de recherche devraient être revues pour passer de l’agriculture industrielle et de l’ingénierie génétique à une diversité d’options organiques/écologiques existantes, pour enrichir la connaissance et la compréhension d’un plus grand nombre d’alternatives. Le soutien du public est crucial pour favoriser ces recherches, à tous les niveaux (national, bilatéral, régional et multilatéral).
3. Les multiples valeurs des petites fermes devrait être reconnues et renforcées pour former les bases de politiques sur l’agriculture soutenable, la sécurité alimentaire et le développement rural.
REFERENCES
Miguel Altieri, “Ecological Impacts of Industrial Agriculture and the
Possibilities for Truly Sustainable Farming”, Hungry for Profit, Monthly
Review Press, 1999
Mae-wan Ho, Genetic Engineering: Dream or Nightmare, 2nd ed., Gateway, Gill & Macmillan, Dublin, 1999
Mae-wan Ho, Angela Ryan and Joe Cummins, “Cauliflower Mosaic Viral Promoter - A Recipe for Disaster?”, Microbial Ecology in Health and Disease, Vol.11 (4), 1999
Martin Khor, “Economic Globalisation : Third World Network, 1997
S.Krimsky and R.P. Wrubel, Agricultural biotechnology and the environment : science, policy and social issues, University of Illinois Press, 1996
Jane Rissler and Margaret Mellon, The ecological risks of engineered crops, MIT Press, Cambridge, 1996
Peter Rosset, The Multiple Functions and Benefits of Small farm Agriculture in the Context of Global Trade Negotiations, Institute for Food and Developpment Policy, USA and the Transnational Institute, the Netherlands, 1999
Angela Ryan and Mae-wan Ho, “Transgenic DNA in Animal Feed”, Institute
of Science in Society, 1999
Vandana Shiva, Violence of the Green Revolution, Thrid World Network,
1991
Vignola Declaration and Action Plan, IUCN-IFOAM-AIAB, 23 May 1999
Preparé par Chee Yoke Ling, Third World Network, avec l’apport
substantiel des membres du Caucus ONU /CDD/ ONG Agriculture
soutenable et Systèmes alimentaires (SAFS).
Genève, février 2000, adaptation française : Juana Bastian & Margarita Pacheco